Incroyables jardins

Marrakech et ses environs forment un territoire de jardins et de palmeraies. Parler de jardin à Marrakech c’est évoquer inévitablement le Jardin Majorelle. Ce jardin sort vraiment de l’ordinaire, jardin de passionné, de collectionneur, d’esthète, de coloriste.

La profusion de végétaux, installés en permaculture, contraste harmonieusement avec une palette de couleurs, volontairement limitée par l’artiste, pour les mosaïques  des sols, les vases de fleurs ou les murs de l’atelier du peintre, dont le fameux bleu Majorelle.

S’y promener, au milieu du chant des fontaines, est un délice.

Mais ce jardin Majorelle est aussi un peu l’arbre qui cache la forêt des jardins de Marrakech. En pratique c’est un jardin commercial pour touristes. Bien peu de marocains en profitent contrairement aux autres jardins (sauf le Jardin des Secrets dont l’accès est aussi payant). Ce n’est pas là qu’on peut découvrir l’attrait des marrakchis pour leurs jardins.

Aux heures de détente les jardins de la Ménara (on devrait plutôt dire « l’oliveraie de la Ménara »)  sont très fréquentés. De même, dans le centre, le « cyber parc » ainsi appelé parce qu’il est sponsorisé par Maroc Télécom qui y déploie un wifi gratuit. Ce parc de huit hectares et vieux de plus de trois cents ans présente une variété impressionnante de végétaux et de fleurs, de tous les continents.

Très bien entretenu, pourvu de nombreux bancs et de murets bas pour s’asseoir c’est un havre de paix en plein centre de la ville. Les allées sont en terre ocre à la couleur de la ville.

Beaucoup plus petit, et à vocation commerciale, le Jardin Secret, au cœur de la Médina, offre un havre de paix et de fraîcheur. Jardin ancien mais délaissé il a été restauré il y a seulement une dizaine d’années. Le résultat est enchanteur.

Autre jardin populaire, le jardin de la Koutoubia qui entoure la mosquée. Essentiellement composé de palmiers et d’oliviers c’est un autre lieu de repos appréciable dans le centre de jour comme de nuit.

Impossible de ne pas dire un mot du jardin de notre hôtel, le bien nommé « Medina Gardens ». Organisé en une mosaïque d’ilots séparés par des allées, il offre une variété d’arbres et arbustes, notamment beaucoup de citronniers, orangers, grenadiers.

Nous en avons abondamment profité le jour pour des siestes ombragées. Le soir nous avons apprécié l’éclairage (sur batteries solaires) harmonieux proposé. Et tout cela avec en toile de fond le minaret de la Koutoubia.

 

Nuit à Marrakech

Dès 19 heures la nuit arrive et la ville s’éclaire. La première lumière qui apparait, au niveau du sol, est celle des phares de véhicules dans le trafic incessant. Phares des autos mais aussi des deux roues qui se faufilent partout y compris dans les rues profondes des souks.

Lumière pour les lieux et monuments emblématiques.

Place Jamaa El Fna

Koutoubia

Lumière de notre hôtel

et de son jardin extraordinaire.

Jardin de l’hôtel

Et pour terminer la promenade

 

 

Marrakech insolite

A peine arrivés on entre dans le monde de l’insolite quand, à la sortie de l’aérogare, on cherche notre chauffeur, celui dont la pancarte indique, en principe, notre hôtel « Medina garden ».

Marrakech est une ville où le cheval occupe une place de choix dans la circulation. Cela mérite bien un ou deux panneaux de signalisation.

Dans la folle circulation on a besoin de repères pour savoir où aller.

Le Maroc allie tradition et modernisme. Pour installer les indispensables antennes de téléphone on a utilisé les mâts existants: les palmiers Washingtonia, rectilignes de quelques dizaines de mètres.

L’illusion est  presque parfaite. En réalité c’est un mât métallique déguisé en palmier.

Marrakech, ville d’artisanat, propose des artisans dans tous les domaines. Certains avec lesquels on n’est pas sûr de faire affaire.

D’autres dont le coup de main, s’il est incontestable, manque peut-être désormais d’un peu de souplesse.

Entendu dans le souk: « Ici, Monsieur, c’est pas cher. Tout est gratuit jusqu’à la caisse! ».

Quel souk, mon ami!

Partis à la découverte des souks de  Marrakech, nous avons rencontré des gens merveilleux bien plus que nous n’avons fait des achats de voyage. Lundi matin, lors de notre passage sur la place Jemaa El Fna, après notre traversée du quartier juif, alors que nous allions déposer du courrier à la Poste nous avons été abordés par un guide officiel nous proposant une visite guidée de deux heures de la Médina et des souks, pour demi tarif.

Après lui avoir expliqué qu’une visite guidée était déjà prévue pour notre groupe nous avons discuté un peu avec ce guide plutôt sympathique qu’on peut trouver chaque matin près de La Poste.

De retour à l’hôtel on apprend que les deux sorties sont annulées. Notre programme tombe à l’eau! On décide de retourner demain mardi sur la place pour tenter de retrouver le guide. Ça ne rate pas, c’est même lui qui nous reconnait le premier. On lui dit qu’on souhaite faire la visite avec lui demain ou après demain. Question prix ce n’est plus demi tarif. « Le prix d’hier n’est pas le prix d’aujourd’hui » explique-t-il avec philosophie. On discute un peu et ça finit entre hier et aujourd’hui. « Et pourquoi pas la visite maintenant », demande-t-il ? On explique que l’argent et la CB sont à l’hôtel, on n’a pas d’argent pour le payer aujourd’hui. « Mais c’est pas de problème, mon frère, tu reviens demain matin à 9h30 pour me payer. Je te fais confiance ». Le type nous plait, banco, c’est parti avec Momo (Mohamed) car c’est ainsi qu’il veut qu’on l’appelle.

Il nous entraine dans un tourbillon d’explications aussi précises que passionnantes, nous emmène dans un dédale de souks et de ruelles invraisemblables où

peu de touristes passent, nous dresse une fresque historique de la Médina du 16ème siècle, du 14ème et du 11ème. Tout cela ponctué avec des remarques de bon sens. Pendant le covid on a profité de l’absence de touristes pour couvrir les rues des souks avec des toits en bois ajourés, genre moucharabieh, qui laissent passer la lumière et la fraîcheur mais protège du soleil. « Les maisons du 11ème siècle ont tenu pendant le séisme; il y a un peu d’effritement qui est tombé, mais c’est normal ce sont des maisons du 11ème siècle ». Et c’est vrai que dans notre parcours nous n’avons vu que très très peu d’effondrements significatifs dans les parties très anciennes.

Il nous fait rencontrer un tourneur sur bois qui est un virtuose. De sa main droite il assure la rotation de la pièce sur le tour avec une sorte d’archet. Avec la main gauche il tient l’outil qu’il presse sur le bois avec l’orteil de son pied. Ahurissant!

Un peu plus loin il nous commente la visite de la Médersa Ben Youssef, un des plus beaux monuments de Marrakech, que le séisme n’a pas touché et qui reste ouvert à la visite.

Momo nous fait passer chez un herboriste où nous nous laissons aller à de menus achats. Mais le problème demeure : pas d’argent sur nous. « Pas de problème Monsieur, on va passer chercher l’argent à ton hôtel ». Finalement on trouve une solution encore plus rusée. Demain quand on viendra payer Momo on lui donnera l’argent pour l’herboriste et il viendra lui remettre. Une tournée de thé à la menthe vient sceller cette sage décision!

Ce qui fut dit fut fait. Mercredi à 9h30 Momo recevait son règlement et la somme pour l’herboriste. On se quitte grands amis et on part à deux dans les souks où on a appris à repérer grâce à Momo. Notre but est de visiter le Musée de Marrakech, très belle demeure mauresque, en passant par la place aux épices.

Un peu plus loin on se laisse entraîner pour voir le quartier des tanneurs, en pleine activité:  ça se sent!

Quand nous arrivons au musée on fait la pause désormais traditionnelle d’un thé à la menthe avant de parcourir la riche demeure.

Encore une fois nous constatons au café du musée, avec le personnel d’accueil, l’extrême cordialité des marocains. Le constat se confirme sur le chemin du retour avec plusieurs vendeurs, qu’on leur achète ou pas. Amabilité sans faille. Un tour de souk à Marrakech c’est aussi une promenade dans la belle humanité.

 

Visite de Dar Si Saïd

Ce matin nous avons choisi de visiter Dar Si Saïd, un fameux palais aux architectures remarquables et richement décoré. C’est au sud du quartier juif, à 30 minutes à pied de notre hôtel. Nous décidons de faire l’aller en taxi. Un sympathique chauffeur nous y conduit avec qui nous discutons du séisme. Un peu avant la destination il doit nous déposer car la rue est fermée à cause de travaux de déblaiement. Nous sommes sur la place des Ferblantiers, une place rectangulaire bordée d’arcades sous lesquelles des familles se sont installées soit qu’elles n’aient plus de maison soit qu’elles craignent d’y demeurer. La misère du monde comme dans un roman de Hugo. Au milieu de la place les caméras des télés du monde entier sont installées pour une opération combinée d’information et de voyeurisme. Hier soir cette place a été présentée au journal de France 2, montrant avec insistance les bivouacs improvisés et forcés, le journaliste la présentant comme la grande place de Marrakech, la place Jeema El Fna. On est un peu mal à l’aise devant cela.

Nous poursuivons à pied, passons devant le Palais Bahia, trésor architectural inscrit au patrimoine de l’Unesco. Fermé dans l’attente de vérifier qu’il n’y a pas pour les visiteurs de risque d’éboulement. De nouveau nous sommes bloqués dans une petite rue où une équipe d’ouvrier purge le sommet d’une façade instable qui est écroulée dans la rue dans une nuage de poussière.

Nous pouvons ensuite passer et suivons les panneaux qui nous guident vers Dar Si Saîd par un dédale de petites ruelles. A un carrefour un tas de gravats doit être franchi avec précaution. C’est le pignon d’angle de la maison qui s’est en partie ouvert. Un homme est assis sur un muret. Il nous dit qu’il faut renoncer à aller plus loin. Il accepte qu’on s’assoit auprès de lui et commence à nous raconter ce qu’il a vécu – trente secondes, dit-il – à la fois résigné mais empreint d’un espoir de reconstruction au prix d’un long effort. Il parle de la façon dont les maisons sont construites et surtout exprime sa grande crainte quand la pluie va arriver, à partir de décembre. Les murs ouverts comme ce pignon devant nous ou simplement fissurés vont laisser la pluie imprégner les murs qui, sans ciment, vont se désagréger. Pour lui, tout le quartier juif est à reconstruire. Visionnaire ou désespéré ?

Requinqué par notre long échange il se propose de nous guider vers la place El Fna et nous invite à passer voir une fameuse pharmacie-herboristerie: le naturel revient au galop, c’est bon signe. C’est une véritable caverne d’Ali Baba des tisanes, des huiles essentielles, savons en tout genre et potions magiques variées. On se laisse faire car c’est aussi une façon de les aider. Huile d’argan, potion naturel contre les acouphènes et éclaircissant pour la peau.

Bien sûr on laisse un billet à notre accompagnateur. Puis nous rejoignons la place El Fna par des ruelles très fréquentées.

Ah! franchement la visite de Dar Si Saîd on ne la regrette pas !…

Immersion dans Marrakech sur Terre

Notre hôtel à proximité du centre nous a incité en fin d’après-midi à une promenade de découverte et d’immersion dans Marrakech. Le matin nous avions déjà largement profité de notre jardin de la Médina.

Promenade dans les jardins qui entourent la Koutoubia, très verdoyants, ombragés et fréquentés en ce dimanche. Jardins qui inscrivent le minaret emblématique de Marrakech dans un écrin de verdure où les jets d’eau ne sont pas absents.

Mais bien sûr la tour, qui approche les 950 ans, s’apprécie surtout quand elle se détache seule sur le ciel turquoise.

Jusqu’à la place El Fna il n’y a qu’un pas pour plonger dans ce bric-à-brac invraisemblable dont l’Orient a le secret et les odeurs qui vont avec. Pour l’instant on s’est contenté d’un petit tour de reconnaissance avant la visite guidée de nuit lundi soir et la visite des souks, tout aussi guidée, jeudi matin.

 

L’immersion dans Marrakech peut être vécue comme la conquête d’un autre monde, l’atteinte d’une sorte de nirvana dont il faudra bien revenir. Car la ville n’est pas qu’un rêve pour touriste ébahi c’est aussi Marrakech sur Terre, laquelle a tremblé seize heures environ avant notre arrivée. Dans nos différents parcours depuis notre arrivée nous avons vu des traces laissées par le tremblement sous forme de tas de gravats, de longueurs de rubalise pour interdire certains accès, d’échancrures sur des profils de bâtiments. Pour tout cela pas de photos dans le registre « Regardez un peu ce qu’on a vu ». La situation appelle plutôt décence et sobriété.

La vie a repris. La ville grouille. Le Maroc vit du tourisme. Si les touristes s’en vont c’est un autre tremblement. Pourtant ceux qui ont vécu l’évènement en direct sont marqués. Marie a discuté ce matin avec une française présente à l’hôtel. Elle raconte avoir été réveillé par un bruit, croyant d’abord  à une fête au bar, puis à des valises à roulettes dans le couloir avant de réaliser que les murs tremblaient, et d’entendre un cadre se détacher et tomber. Elle dit avoir quitté sa chambre,  pieds nus, s’être enfuie vers le jardin où les résidents ont été rassemblés jusqu’à 6 heures du matin. L’hôtel n’a subi aucun dégât mais la nuit dernière elle n’a pas voulu dormir dans sa chambre. Elle a dormi sur un transat dans le jardin et ce matin elle repart en France, à la date prévue mais soulagée. On imagine ce qu’on dû vivre les marocains précipités au cœur du séisme!

Marrakech a subi les dégâts comme partout ailleurs mais avec une moindre force, à 80 kilomètres de l’épicentre. Les bâtiments modernes (l’hôtel) ont résisté, certains plus anciens (protectorat, années cinquante) ont été un peu endommagés, d’autres très anciens (dans la Médina) ont subi de gros dégâts. Dans les villages de montagne où il n’y a que des constructions à la mode ancienne c’est la catastrophe intégrale. Les rares marocains avec qui nous en avons un peu parlé restent pudiques, semblent ne pas vouloir s’exprimer et souhaiter que la vie reparte. Marocains et touristes sont affectés, il n’est pas simple d’en parler.

Il y avait un mauvais moment à un mauvais endroit. Nous n’étions pas présents au mauvais moment. Nous restons encore un peu à ce qui fut un mauvais endroit mais ne l’est sans doute plus.

 

Marrakech la ville rouge et verte

Marrakech est connue comme la ville rouge, on devrait plutôt dire ocre, à cause de la couleur de pierre de la Koutoubia, tour minaret de la mosquée de même nom, couleur qu’on retrouve à l’infini dans les rues de Marrakech.

Mais c’est aussi une ville verte grâce à la multiplicité de ses jardins.

Et parmi ses jardins privés, l’un des plus beaux, c’est le jardin de la Médina, celui de notre hôtel: Medina gardens, avec une vue imprenable sur la Koutoubia.

En attendant, dans les prochains jours d’aller parcourir les beaux jardins de Marrakech, à peine arrivés et installés on s’est régalé dans notre beau jardin plein de nombreuses espèces variées. Un moment de détente indispensable après une journée commencée tôt mais qui  s’est déroulé sans la moindre anicroche.

Un petit tour en ville, à la nuit tombée, pour voir de près la Koutoubia et ensuite dodo!