Notre hôtel à proximité du centre nous a incité en fin d’après-midi à une promenade de découverte et d’immersion dans Marrakech. Le matin nous avions déjà largement profité de notre jardin de la Médina.

Promenade dans les jardins qui entourent la Koutoubia, très verdoyants, ombragés et fréquentés en ce dimanche. Jardins qui inscrivent le minaret emblématique de Marrakech dans un écrin de verdure où les jets d’eau ne sont pas absents.

Mais bien sûr la tour, qui approche les 950 ans, s’apprécie surtout quand elle se détache seule sur le ciel turquoise.

Jusqu’à la place El Fna il n’y a qu’un pas pour plonger dans ce bric-à-brac invraisemblable dont l’Orient a le secret et les odeurs qui vont avec. Pour l’instant on s’est contenté d’un petit tour de reconnaissance avant la visite guidée de nuit lundi soir et la visite des souks, tout aussi guidée, jeudi matin.


L’immersion dans Marrakech peut être vécue comme la conquête d’un autre monde, l’atteinte d’une sorte de nirvana dont il faudra bien revenir. Car la ville n’est pas qu’un rêve pour touriste ébahi c’est aussi Marrakech sur Terre, laquelle a tremblé seize heures environ avant notre arrivée. Dans nos différents parcours depuis notre arrivée nous avons vu des traces laissées par le tremblement sous forme de tas de gravats, de longueurs de rubalise pour interdire certains accès, d’échancrures sur des profils de bâtiments. Pour tout cela pas de photos dans le registre « Regardez un peu ce qu’on a vu ». La situation appelle plutôt décence et sobriété.
La vie a repris. La ville grouille. Le Maroc vit du tourisme. Si les touristes s’en vont c’est un autre tremblement. Pourtant ceux qui ont vécu l’évènement en direct sont marqués. Marie a discuté ce matin avec une française présente à l’hôtel. Elle raconte avoir été réveillé par un bruit, croyant d’abord à une fête au bar, puis à des valises à roulettes dans le couloir avant de réaliser que les murs tremblaient, et d’entendre un cadre se détacher et tomber. Elle dit avoir quitté sa chambre, pieds nus, s’être enfuie vers le jardin où les résidents ont été rassemblés jusqu’à 6 heures du matin. L’hôtel n’a subi aucun dégât mais la nuit dernière elle n’a pas voulu dormir dans sa chambre. Elle a dormi sur un transat dans le jardin et ce matin elle repart en France, à la date prévue mais soulagée. On imagine ce qu’on dû vivre les marocains précipités au cœur du séisme!
Marrakech a subi les dégâts comme partout ailleurs mais avec une moindre force, à 80 kilomètres de l’épicentre. Les bâtiments modernes (l’hôtel) ont résisté, certains plus anciens (protectorat, années cinquante) ont été un peu endommagés, d’autres très anciens (dans la Médina) ont subi de gros dégâts. Dans les villages de montagne où il n’y a que des constructions à la mode ancienne c’est la catastrophe intégrale. Les rares marocains avec qui nous en avons un peu parlé restent pudiques, semblent ne pas vouloir s’exprimer et souhaiter que la vie reparte. Marocains et touristes sont affectés, il n’est pas simple d’en parler.
Il y avait un mauvais moment à un mauvais endroit. Nous n’étions pas présents au mauvais moment. Nous restons encore un peu à ce qui fut un mauvais endroit mais ne l’est sans doute plus.