Dans les brochures touristiques Port Fairy est généralement présenté comme un port et une petite ville ancienne préservée dans laquelle on peut voir de nombreuses maisons du milieu du 19° siècle très bien conservées où il faut « découvrir l’histoire dans tous les coins de ce charmant village de pêcheurs au bout de la Great Ocean Road ».
Un parcours de visite à pied permet de les découvrir en faisant le tour du quartier ancien. On imagine volontiers le cœur d’une ville fortifiée ou bien un port breton ou encore une ville flamande, avec des rues étroites et un quartier de vieilles demeures.
Eh bien Port Fairy ce n’est pas du tout cela. L’arrivée en voiture a de quoi surprendre, avec de larges rues et peu de circulation.
On se dit qu’il est logique d’accéder par la partie neuve de la ville qui a évidemment grandi depuis le milieu du 19° siècle et est devenue bien plus qu’un simple port de pêche. Un peu plus tard l’examen d’un plan de la ville ne laisse pas apparaître de quartier ancien ni de zone où les ruelles seraient tortueuses. Ici toutes les rues sont à angle droit avec un plan strict. Et comme nous arrivons après la fermeture du Visitor Information il faut se résoudre à flâner, avec en main le plan petit format que nous avions eu la précaution de télécharger, pour découvrir au milieu des constructions récentes ces traces des origines de Port Fairy.
Cela sent le géorgien à plein nez, les chapeaux élégants à large bord et les voilettes qui ont donné l’idée des moustiquaires (ou l’inverse). En tendant l’oreille on entendrait bien le sabot d’un cheval ou le bruit d’un attelage bifurquant de Regent Street vers Barclays Street. Mais bien vite se pose une question.Comment expliquer que ces maisons anciennes soient alignées avec les constructions récentes dans ces rues de largeur démesurée ? Un baron Haussmann local les aurait-il déplacées en même temps qu’il retaillait à une largeur moderne les rues du Port Fairy vieux style? L’explication par la photo se trouve par exemple au carrefour de Sackville Street et de Bank Street, au pied de l’hôtel Star of the West de 1846 (ça ne s’invente pas un nom pareil !) avec son balcon ouvragé.
Une photo de ce même carrefour est présentée, datant de la fin du 19° siècle. On y retrouve avec étonnement la même largeur de rue que celle qu’on observe aujourd’hui, au détail près que la rue est complétement vide, ce qui n’a que peu changé depuis.
On se demande ce qui a pu pousser les urbanistes d’alors à vouloir un tel espace pour une circulation aussi réduite. Pensait-on déjà au base-ball ? On se croirait dans un décor de western. La diligence ne devrait pas tarder à débouler d’une rue voisine. A moins que ce soit tout simplement Joe Dalton qui surgisse et se plante au milieu du carrefour. La rue principale, Sackville Street, présente des cafés aux terrasses couvertes avec colonnades et décoration en fonte ajourée. 
C’est inattendu, déroutant et, finalement, charmant.
Toute la promenade dans Port Fairy est imprégnée de ce charme désuet. On est dans une ville moderne, avec une circulation automobile modérée, où les véhicules ne se bousculent pas parce que, en Australie, on respecte la limitation de vitesse et qu’ici, franchement, on a la place de passer.
Tout cela se passe tranquillement, sans beaucoup de bruit, entre l’hôtel Caledonian, premier hôtel autorisé dans le Victoria, fondé en 1846,
et la ANZ Bank de 1857.
Ça sent le décor de film, le rétro à plein nez, en fermant les yeux on n’a pas de mal à imaginer des personnages en costumes d’époque marchant sur le trottoir à côté de soi.

Port Fairy c’est un coin au milieu de nulle et hors du temps. Quand en plus on loge, comme ce fut notre cas, dans la plus vieille auberge du Victoria, Merrijig Inn créée en 1842,
on mesure encore plus le côté anachronique de cette ville.
Nous avons eu la chance de disposer d’une des 4 chambres mansardées dans la partie historique, surplombant le quai de Port Fairy. Comme le dit la pub de l’auberge, « nos chambres peuvent être petites (avec des lits doubles en fer antique) mais pleines de charme et d’atmosphère et elles sont absolument uniques ! ». En effet dans l’espace d’une chambre du milieu du 19° siècle, pas question de loger le confort d’une chambre d’hôtel moderne. L’espace d’un placard d’origine a été récupéré pour installer un lavabo, un wc et une douche. Voilà pour la salle de bain, largeur 90 cm avec porte coulissante. Quand on a installé un lit, il ne reste plus assez de largeur pour étaler une valise. Heureusement le lit est surélevé : on peut la glisser en dessous…
Pas assez de place pour avoir une table, un fauteuil, un coin pour de se faire un café. Pas de problème, la direction assume: salon pour la lecture, cuisine partagée pour se faire un café ou un thé. « Il y a beaucoup de coins tranquilles dans notre jardin pour que vous puissiez vous asseoir, vous détendre et boire un verre dans l’atmosphère de notre magnifique village ».
Devant notre chambre nous disposons d’un superbe salon rétro!
Notre séjour bref ne nous a pas permis de profiter du bord de la rivière et de toutes les possibilités de promenade
mais nous a laissé vraiment un souvenir enchanteur de ce village qui a été désigné en 2012 comme le village ( de moins de 20 000 habitants) le plus agréable à vivre au monde par l’UNESCO! http://www.traveller.com.au/port-fairy-victoria-the-worlds-most-liveable-town-131scp