Insolites de Macédoine

Une de nos destinations préférées, sur la droite.

Ces merveilleux bus macédoniens !

Bus macédonien à conduite assistée.

Musique à bord et spectacle dans la rue. Ici dans le centre de Skopje.

Les chiens de Bitola.

Les drapeaux de Bitola, de la Macédoine et de l’UE.

Arrêt de bus dans une petite ville. Les gousses de poivrons rouges.

Urgence au centre d’Ohrid.

A Skopje nous expliquons au chauffeur de taxi (clandestin) comment aller à notre hôtel…

Présentation d’une petite église à Ohrid.

Établi du cireur de chaussures à deux pas de la place de Macédoine à Skopje…

… et son voisin, le roi du marron chaud.

Au choix ! (Vitrine dans la vieille ville de Skopje).

Stratégie de camouflage de statues.

Émilie nous rejoint pour le petit déjeuner.

 

Retro carnet de voyage

En août 1970 j’avais choisi de faire un stage facultatif à l’international, après ma troisième année d’Icam. Le sort me désigna, au cœur de la Serbie, un laminoir de cuivre qui fonctionne toujours. Je viens d’en retrouver une photo récente.

Comme on prend prétexte d’une visite à une petite fille étudiante pour découvrir son cadre de vie, ce stage me servit d’alibi pour visiter la région. A Sofia en train, puis de là en autobus vers Skopje, et encore en autobus vers Ohrid, tout cela avant de rejoindre la Serbie.

Comme pour chacune de mes escapades chaque étape donna lieu à un chapitre dans mon carnet de voyage. L’habitude était déjà là. Les moyens n’avaient rien à voir avec ceux que nous connaissons aujourd’hui. Les photos étaient en noir et blanc. On était rarement sur les photos car à cette époque on n’avait pas le bras assez long et on manquait de retardateur de prise de vue. Mais les angles de prises de vue n’ont pas changé.

Ainsi ces deux photos de l’église Saint Sophie d’Ohrid que 53 ans séparent.

Ou encore celle-ci de l’église Saint Jean de Kaneo, cadrage incontournable à travers  les ans.

Mon carnet de voyage, pompeusement intitulé « Les portes de l’Orient », était un simple classeur d’étudiant.

Le texte tapé à la machine à écrire exigeait un peu d’attention car s’emmêler les crayons, si j’ose dire, entre deux touches créait une situation irréversible et un sentiment certain de loupé difficile à corriger.

Bien sûr la petite jetée n’est plus aujourd’hui fréquentée par les pêcheurs à la ligne…

Des chiens, des chats et des lions.

En Macédoine les animaux gambadent en liberté. A Bitola c’était les chiens (mais aussi les chats quand nous déjeunions en terrasse) à Ohrid les chats. A Skopje les lions complètent notre ménagerie de voyage à ce détail près qu’ils sont immobiles mais omniprésents sous forme de statues.

Leur allure impose le respect mais l’été certains d’entre eux crachent l’eau par la gueule vers le centre du bassin quand la fontaine de la place de Macédoine est en service.

Les lions ne représentent qu’une toute petite partie des statues qui pullulent dans la ville suite à la reconstruction de la ville après le tremblement de terre du 26 juillet 1963 à 5 heures 17 du matin. Une partie de la façade de la gare de Skopje qui ne s’est pas effondrée porte l’horloge dont les aiguilles se sont arrêtées à l’heure du séisme. Aujourd’hui c’est devenu le musée de la ville qui relate notamment les évènements.

Le séisme a laissé un champ de ruines, une table rase et une ville à reconstruire. Sur ce terrain vierge une cohorte d’architectes avant-gardistes et un tantinet fanatiques s’est emparée du projet de reconstruction et a imaginé des immeubles d’une architecture légèrement délirante. Quand on voit le résultat on se dit qu’ils n’avaient pas dû fumer que l’excellent tabac macédonien produit dans la région de Prilep.

L’exemple le plus emblématique de cette catastrophe architecturale est sans doute l’immeuble des Postes Macédoniennes fait de béton brut aux formes improbables, sorte de vaisseau spatial ou d’insecte aux pattes tournées vers le haut.

Les statues sont partout, des chevaux et un taureau complétant la ménagerie. Hormis quelques statues gigantesques comme le Guerrier à Cheval (15 mètres) sur la place de Macédoine

ou l’enfilade de statues à l’entrée de la vieille ville

on finit par les oublier. Par contre ce qui ne peut s’oublier ce sont les immeubles au style délirant car ils forment l’horizon de quelque côté qu’on se tourne. Ici sur les rives du fleuve Vardar

et là au cœur de la ville moderne.

Heureusement on trouve aussi des éléments d’architecture plus classique et plus apaisante comme la récente cathédrale Saint Clément

et son intérieur somptueux.

La vieille ville et le vieux bazar offrent aussi un havre de sérénité au milieu de cette hystérie de constructions. L’église du Saint Sauveur, au cœur de la vieille ville et à deux pas des mosquées, possède un iconostase en noyer qui est une véritable dentelle.

Visiblement la Macédoine se cherche un passé historique que ses caractères de carrefour économique entre l’Europe et l’Asie et de mosaïque ethnique, culturelle, religieuse, linguistique ne lui a permis de forger au fil du temps. Pour cela elle n’hésite pas à s’accaparer des personnages célèbres qui ne lui appartiennent pas, comme Alexandre le Grand, et à semer des statues un peu partout pour tenter de convaincre que son passé est plein de grands hommes. La prolifération des styles architecturaux a son doute aussi pour objectif de faire la démonstration d’une saga nationale mais celle-ci peine à convaincre.

Ainsi la commémoration du référendum d’indépendance aux début des années 90 a conduit à la construction de cet arc de triomphe, la Porte de Macédoine.

Cette volonté désordonnée conduit parfois à un résultat qui va à l’encontre du but recherché. Ainsi cette statue proche de la Porte de Macédoine qui se détache sur fond d’immeuble éternellement en construction.

Sur la place de Macédoine, près de l’endroit où se trouvait la maison où elle a vécu, détruite par le séisme, un visage connu et souriant appelle à un peu de modestie.

Autant on a aimé la vie paisible de Bitola, le farniente naturel et artistique d’Ohrid, autant l’idée de vivre à Skopje est loin de nous inspirer. L’ambiance n’y est pas franchement agréable. Mais pour une brève visite l’effet de curiosité est à son comble.

Et puis on a une chouette chambre d’hôtel où il est agréable, entre deux visites, de se réconforter autour d’un bon café.

 

 

 

Saint Jean de Kaneo

L’image emblématique associée à Ohrid  est celle de la petite église de Saint Jean de Kaneo accroché sur son promontoire face au lac.

Église Saint Jean de Kaneo

Saint Jean parce que, selon la tradition, ce serait Jean de Patmos qui serait venu évangéliser la région vers l’an 50. De Kaneo parce que c’est le nom du promontoire rocheux.

Bien sûr nous avons suivi le tradition de la photo avec l’église en arrière plan.

Le soleil et le ciel bleu de la veille avaient laissé la place à un ciel couvert et peu lumineux sauf par moment. Le spectacle reste cependant grandiose.

En début de matinée nous avions pu admirer les incroyables fresques du XIème siècle formidablement conservées de l’église Marie-Mère-de-Dieu.

Église de la Mère-de-Dieu Perivleptos, fresque de la Dormition de la Mère de Dieu.

Et ce soir nous avons terminé la séquence de Bitola avec un sympathique diner d’au-revoir partagé avec Émilie. Décidément la Macédoine c’est pas mal !

Découverte d’Ohrid

Nous quittons Bitola par le premier bus et par un temps magnifique ce qui nous permet d’admirer les sommets enneigés sur le massif du Pelister.

La route s’enfonce dans la montagne en se faufilant entre les monts et en laissant toujours entrevoir la neige.

Arrivés sans encombre à Ohrid et installés à l’hôtel nous partons à la découverte de la cité.

La forteresse Samuel, plus haut point d’Ohrid.

Pas de chance le lundi c’est jour de fermeture. Il faudra revenir demain pour la vue panoramique. Mais on n’a pas tout perdu pour le coup d’œil.

Vue sur le lac depuis les hauteurs d’Ohrid

Le lac, la ville et la neige.

Et côté village ce n’est pas mal non plus.

Après avoir beaucoup marché, monté et descendu bien des marches, avoir fait des pauses au soleil, nous atteignons la cathédrale Saint Sophie qui porte vingt siècles d’histoire.

Saint Sophie, la tour

Vue générale de Sainte Sophie.

Superbes fresques du XIème siècle, parmi les mieux conservées au monde,  donnant la vision byzantine du schisme de 1054.

Après tous ces efforts culturels une pause déjeuner s’impose et nous nous offrons un emplacement de rêve, esthétique et épicurien.

A la pizzeria Via Sacra, face à Sainte Sophie.

Retour par un détour au bord du lac.

Allez, on ne va pas se plaindre !

 

Impressions de Bitola

Arrivant à Bitola on est d’abord frappé par la beauté naturelle du site. Installée au nord de la plaine de Pélagonie qui plonge vers la Grèce, à seulement 20 kilomètres, la ville est installée sur une large plaine entourée de montagnes qui culminent à moins de 2 000 mètres sauf le sommet du Pelister à 2 600 mètres.

Coucher de soleil sur le versant Est.

Cette ceinture montagneuse est visible en tout point de la ville, d’autant plus en ce moment que la plupart des sommets sont enneigés, depuis une huitaine de jours nous précise Émilie.

Plein centre ville, vue sur les cimes enneigées vers l’Ouest.

La ville est très aérée, très arborée. On voit que les quartiers récents ont été créés dans des zones boisées où la végétation existante a été préservée le plus possible. Les boulevards modernes, tracés au milieu des arbres, serpentent ainsi bordés d’arbres immenses et visiblement très vieux.

Boulevard dans le secteur universitaire.

De sa résidence universitaire Émilie a vue directement sur la nature qui l’entoure et la ceinture de montagnes.

Résidence universitaire où réside Émilie.

Beaucoup de résidents des nombreux immeubles en périphérie de la ville profitent d’une pareille vue agréable. En ce moment on voit encore beaucoup de fleurs, en pleine terre ou en jardinière. Les arbres commencent à perdre leurs feuilles. Au sud de la grande artère piétonne, à 15 minutes à pied du centre, s’étend un immense parc urbain pour la promenade et la détente.

Dans le parc urbain.

Bitola apparaît, au moins pour le visiteur en bref passage, comme une ville qui respire la nature à pleines rues.

La rue piétonne, de grand matin, depuis notre terrasse.

La diversité de l’architecture est un deuxième sujet d’observation. On voit encore des sites industriels à l’abandon, partiellement détruits, héritage lointain sans doute du volontarisme socialiste au temps où le pays faisait partie de la République Fédérative de Yougoslavie. Mais les nombreux immeubles d’habitation récents construits en périphérie n’ont plus rien à voir avec l’architecture lourde et austère des années du communisme. Ils sont colorés, aux formes variées, et sans aucun doute plus agréables à vivre.

La gare ferroviaire a été rénovée dans un style très campagnard.

La gare ferroviaire de Bitola.

Dans le centre de Bitola on découvre de nombreuses façades particulièrement esthétiques, variées et colorées.

Sur la rue piétonne.

Sur la rue piétonne. Le consulat d’Albanie.

Souvent elles possèdent un joli balcon de fer forgé, tous différents.

La mosquée, l’église orthodoxe et même l’église catholique se côtoient.

Les mosquées et l’église catholique du Sacré Cœur.

Sur la place centrale, à midi, l’appel du muezzin s’entend pendant que zone l’heure au clocher.

Place Magnolia.

Tout cela contribue à créer un cadre paisible.

La présence préservée de la nature et la variété des constructions composent un cadre de vie que nous trouvons très agréable, nous qui sommes visiteurs de passage. Émilie nous l’a fait découvrir avec beaucoup de gentillesse en nous accompagnant le matin.

En route vers le musée d’histoire locale.

Après un déjeuner en plein air sur la place Magnolia (Magnolia Square
Плоштад Магнолија: ça ne s’invente pas!) nous sommes allés découvrir le logement d’Émilie.

Déjeuner en terrasse, sur la place Magnolia.

Puis l’après-midi nous sommes retournés à deux sur les points que nous avions aimés. La grande rue piétonne Shisok Socac représente bien cet art de vivre à la bitolienne.

Place du théâtre.

Elle est souvent très animée. L’ambiance est détendue, on pense plutôt promenade que cavalcade vers d’improbables rendez-vous. Notre perception, peut-être idéalisée, serait celle d’une ville familiale où les gens ont plaisir à se retrouver. Les bancs publics sont souvent occupés malgré la température qui commence à être fraîche.On voit les familles se promener avec de jeunes enfants. De nombreuses terrasses de café, extérieures ou intérieures, souvent abondamment garnies permettent à la moitié des gens de la ville de regarder l’autre moitié déambuler.

Les quelques contacts que nous avons eus, chauffeurs de taxi, personnes rencontrées dans la rue ou dans le bus, notre logeuse, serveurs de restaurant, ont toujours été d’une grande cordialité, d’un contact facile, très ouverts.

L’âme de la ville façonnerait-il le cœur des gens ?

Une journée à Bitola

Émilie a partagé notre petit-déjeuner, en mode sucré.

Traversée du parc urbain avec l’horizon des montagnes enneigées.

Agréable marche à pied vers les ruines antiques d’Héracléa.

Au centre du théâtre antique.

Au sommet des gradins avec un magnifique arrière-plan de montagnes.

Déjeuner en terrasse au cœur de la grande rue piétonne de Bitola.

Sur le balcon de notre chambre qui donne sur la rue piétonne .

Un bus pour Bitola

Le journée commence comme pour n’importe quel départ en vacances. Lever à 4 heures, route par un temps maussade, autoroute belge à la signalisation approximative, contrôle des passeports débordés à l’aéroport entraînant trois quart d’heures de retard…
Mais à Skopje visiblement les mouches ont changé d’âne. Atterrissage à 12h10, arrivée au contrôle des passeports à 12h20. Comme nous sommes le seul avion en ce moment le contrôle est ultra rapide. Quand on le quitte pour passer aux bagages le tapis roulant se met juste en route et la première valise qu’il propose c’est la nôtre. Le temps de retirer de l’argent et notre taxi démarre à 12h30. De toute notre carrière de voyageurs on n’a jamais fait mieux… A 13 heures le taxi nous débarque à la gare routière de Skopje. Le chauffeur, très sympa, m’explique où acheter les tickets de bus. A 13h10 nous sommes installés dans le bus de Bitola pour départ à 13h30. Il y a une heure nous quittions l’avion…

Alors commence un fantastique voyage en bus. Nous avions choisi ce mode de transport pour plonger dans la couleur locale. Nous allons être servis. Musique dans le bus, moderne certes, mais très imprégnées de traditions locales (instruments, airs folkloriques très typés) et pas du tout lassante. Musique d’ambiance dirions-nous, pour une excellente ambiance.

Marie se trouve assise à côté d’une étudiante macédonienne qui parle un très bon français qu’elle est ravie de pouvoir pratiquer pendant de longues discussions. Nous quittons doucement Skopje, sa circulation un peu débordante, ses avenues bordées d’immeubles qui semblent éternellement en construction, ses minarets et dômes de mosquées, ses églises byzantines, puis ses avenues verdoyantes. Apparaissent des banlieues pavillonnaires de plus en plus aérées puis vient la campagne au relief souvent torturé sur lequel rien ne pousse. On se dit qu’on n’aimerait pas habiter là, d’ailleurs on n’y voit guère de maisons.

Après le premier arrêt à Velès (70 km au sud de Skopje) le paysage change, le territoire s’élargit et s’apaise. Les produits du terroir surgissent au bord de la route comme dans cette vente de fruits et légumes de la production locale observé lors d’un arrêt.

Des vignes en espalier à perte de regard dans certains secteurs. Les monts et collines bordent l’horizon alternant les couleurs foncées et claires au rythme des nuages qui passent puis se déchirent. On ne peut être qu’admiratif devant ce pastel de la nature.

Circuler en autobus en Macédoine c’est un peu faire revenir le temps des diligences. On  ne revendique pas d’être pressé: on mettra quand même trois heures trente pour faire les 170 kilomètres. Mais on s’arrête au moins cinq fois dans des grandes villes (Velès et Prilep) mais aussi dans des coins perdus improbables y compris dix minutes d’arrêt restauration et toilettes au restaurant Javor.

A bord chacun s’installe au mieux et au gré des descentes s’installe encore un peu mieux grâce à une place devenue libre. Comme la diligence allait de relais en relais l’autobus va de gare routière en gare routière, véritable institution, signe extérieur de richesse indispensable pour une commune au pays d’un peuple voyageur.

Après Prilep le jour commence sérieusement à décliner. La route franchit un col à 1 000 mètres. Après avoir vécu le déclin du jour dans la montée nous vivons le soleil resplendissant dans la descente, symphonies de contrastes lumineux sur un horizon composé de plusieurs rideaux de montagnes qui font équipe pour séparer la terre, dans toutes les teintes de vert, du ciel où le bleu le dispute au gris de quelques nuages sombres, sous le projecteur du soleil.  Plus simple et plus féerique ça ne doit pas exister.

Hasard du calendrier, la liturgie du jour propose cet extrait du Livre de la Sagesse : « C’est le feu, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde, que tous ces gens qui restent dans l’ignorance de Dieu ont regardés comme des dieux. … ils doivent savoir combien le Maître de ces choses leur est supérieur, car l’Auteur même de la beauté est leur créateur ».

Comme si toutes ces merveilles simples ne suffisaient pas à rendre ce voyage extraordinaire voici qu’il se termine en retrouvant Émilie.

Nous avons en nous un Bitola qui sommeille. Qui ira en bus à Bitola ?