Les forçats de la pierre

Abbayes et châteaux sont fascinants, chacun à leur manière. Architecture inspirée ou murailles imposantes, sculptures raffinées ou pierres massives, dressés fièrement en des lieux exceptionnels, ces édifices n’ont pu exister que par le travail de forçat de ces hommes qui les édifièrent.

Montségur

Abbaye de Fontfroide

Quand on visite Saint Martin du Canigou, Quéribus ou Peyrepertuse et tous les autres l’étonnement est le même: comment les bâtisseurs d’autrefois ont-ils réussi à construire pareils édifices qu’aujourd’hui même nous aurions bien du mal à réaliser avec nos moyens techniques bien plus performants ?
Cette question reste un sujet de curiosité car la documentation touristique n’en parle pas. On célèbre les constructeurs des pyramides. C’est justifié. Mais ils agissaient en terrain plat, disposant de vastes étendues pour édifier les rampes d’accès des matériaux.
 
Ici nous ne voyons que des chemins d’accès difficiles, tout juste bons pour les chèvres. Comment monter des blocs de pierre de plusieurs dizaines de kilos, parfois dépassant la centaine ? La logistique de construction reste à découvrir. Pour se faire une idée de la performance des constructeurs il suffit de voir la situation de ces édifices.

Château de Queribus

Abbaye Saint Martin du Canigou

Château de Montségur

Paisible Cerdagne

La Cerdagne est cette région de haut plateau devenue française par le traité de Pyrénées en 1659 avec la particularité qu’elle contient une ville restée espagnole, enclavée dans le département français des Pyrénées Orientales et une route neutre qui la relie à l’Espagne. Pour la situer en référence à des lieux connus, la Cerdagne se situe entre Font-Romeu, au Nord, et Bourg-Madame, au Sud, à la frontière espagnole là où se termine la RN 20.

On atteint le Cerdagne par la route après avoir gravi la montagne et on débouche sur une sorte de plateau entre 1200 et 1500 mètres. Changement de paysage! A la montagne abrupte et aux vallées resserrées succède un territoire paisible.

L’air pur de l’altitude donne une luminosité particulière et des tons nuancés à ces paysages de nature.

Le paysage, souvent très étendu, offre une grande palette de nuances de couleurs.

Dès qu’on s’éloigne de la seule grande route qui traverse la contrée on est dans le calme le plus absolu. La Cerdagne est un univers paisible, fait pour le repos et la contemplation.

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Châteaux forts et abbayes

Les châteaux forts et les abbayes sont nombreux dans les Pyrénées de l’Est, chacun dans son style. Mais finalement ces deux types de construction sont-ils si différents ? Quels sont leurs points communs ?

Château d’Aguilar

Ils sont tous de la même époque, autour du XI° ou XII° siècle. On commence à parler de Peyrepertuse et de Queribus en 1020, de Fontfroide en 1093 pour ne citer que les plus célèbres. Ensuite chacun a traversé le temps avec des fortunes diverses et des restaurations distinctes. Fontfroide ne résistera pas à la Révolution d’abord, aux lois lois anti-congrégationnistes de la Troisième République au début du XXe siècle ensuite. Quéribus tombe dans l’abandon à partir du XVIII° siècle et ne sera restauré qu’à partir de 1950. L’histoire est à peu près la même pour Peyrepertuse. L’abbaye Saint Martin du Canigou commença à décliner un siècle après sa fondation, largement détruite par le tremblement de terre de 1428 en Catalogne, abandonnée à la Révolution. L’évêque de Perpignan entreprit de commencer à la restaurer en 1902. Elle est de nouveau habitée par une communauté.

Saint Martin du Canigou

Les raisons du choix des lieux de construction sont radicalement différentes. Les châteaux forts ont évidemment une visée stratégique, en un lieu élevé pour surveiller le territoire et contrôler les accès. Ils sont construits sur des promontoires ou des crêtes et souvent se fondent avec le paysage. Souvent, en arrivant, de loin, on les confond avec la montagne. La logistique de construction doit s’adapter à la géographie du lieu. C’est ainsi qu’un château doit comporter au moins une citerne pour recueillir l’eau de pluie, seule alimentation possible en eau pour la garnison. Les toits seront donc nombreux et, si possible, de grande surface. Une logique similaire préside au choix du lieu d’implantation d’une abbaye: ce sera près d’un point d’eau. Ainsi, à Fontfroide, ce sera la « fontaine fraîche » qui donnera son nom à l’abbaye. Parfois l’abbaye s’installe à côté d’une première chapelle ou église dédiée à un saint local.

Châteaux-forts et abbayes sont construits en pierre. Quelles différence de résultat pour un même matériau. La difficulté de construction n’était pas la même pour un château sur un promontoire à 700 mètres d’altitude ou une abbaye dans la plaine de Narbonne. La vocation des édifices éclate dans le travail de la pierre, pierre généralement brute dans les châteaux malgré quelques exceptions, pierre travaillée et sculptée dans les abbayes.

Cloître du Prieuré de Serrabonna

Un autre point de comparaison mérite d’être souligné. Il s’agit des escaliers. Tous les visiteurs vous le diront: il est beaucoup plus facile de monter un escalier d’abbaye qu’un escalier de château fort. La raison est que chacun d’eux a une fonction différente. L’escalier qui mène à un château fort, situé sur un escarpement ou un sommet, est le seul moyen d’accès praticable. Il faut donc le rendre le plus difficile possible afin que tout assaillant soit retardé dans sa progression et qu’il puisse être vu le plus possible par les guetteurs du château. L’escalier de Quéribus est un bon exemple. Les marches sont inégales, il tourne sans cesse, il passe sous les remparts. Puis ensuite à l’intérieur des remparts il redevient rectiligne.