Visite de Dar Si Saïd

Ce matin nous avons choisi de visiter Dar Si Saïd, un fameux palais aux architectures remarquables et richement décoré. C’est au sud du quartier juif, à 30 minutes à pied de notre hôtel. Nous décidons de faire l’aller en taxi. Un sympathique chauffeur nous y conduit avec qui nous discutons du séisme. Un peu avant la destination il doit nous déposer car la rue est fermée à cause de travaux de déblaiement. Nous sommes sur la place des Ferblantiers, une place rectangulaire bordée d’arcades sous lesquelles des familles se sont installées soit qu’elles n’aient plus de maison soit qu’elles craignent d’y demeurer. La misère du monde comme dans un roman de Hugo. Au milieu de la place les caméras des télés du monde entier sont installées pour une opération combinée d’information et de voyeurisme. Hier soir cette place a été présentée au journal de France 2, montrant avec insistance les bivouacs improvisés et forcés, le journaliste la présentant comme la grande place de Marrakech, la place Jeema El Fna. On est un peu mal à l’aise devant cela.

Nous poursuivons à pied, passons devant le Palais Bahia, trésor architectural inscrit au patrimoine de l’Unesco. Fermé dans l’attente de vérifier qu’il n’y a pas pour les visiteurs de risque d’éboulement. De nouveau nous sommes bloqués dans une petite rue où une équipe d’ouvrier purge le sommet d’une façade instable qui est écroulée dans la rue dans une nuage de poussière.

Nous pouvons ensuite passer et suivons les panneaux qui nous guident vers Dar Si Saîd par un dédale de petites ruelles. A un carrefour un tas de gravats doit être franchi avec précaution. C’est le pignon d’angle de la maison qui s’est en partie ouvert. Un homme est assis sur un muret. Il nous dit qu’il faut renoncer à aller plus loin. Il accepte qu’on s’assoit auprès de lui et commence à nous raconter ce qu’il a vécu – trente secondes, dit-il – à la fois résigné mais empreint d’un espoir de reconstruction au prix d’un long effort. Il parle de la façon dont les maisons sont construites et surtout exprime sa grande crainte quand la pluie va arriver, à partir de décembre. Les murs ouverts comme ce pignon devant nous ou simplement fissurés vont laisser la pluie imprégner les murs qui, sans ciment, vont se désagréger. Pour lui, tout le quartier juif est à reconstruire. Visionnaire ou désespéré ?

Requinqué par notre long échange il se propose de nous guider vers la place El Fna et nous invite à passer voir une fameuse pharmacie-herboristerie: le naturel revient au galop, c’est bon signe. C’est une véritable caverne d’Ali Baba des tisanes, des huiles essentielles, savons en tout genre et potions magiques variées. On se laisse faire car c’est aussi une façon de les aider. Huile d’argan, potion naturel contre les acouphènes et éclaircissant pour la peau.

Bien sûr on laisse un billet à notre accompagnateur. Puis nous rejoignons la place El Fna par des ruelles très fréquentées.

Ah! franchement la visite de Dar Si Saîd on ne la regrette pas !…

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