Le Fort Rouge d’Agra

Tous les forts sont bâtis en blocs de grès rouge et tous s’appellent donc le Fort Rouge. Mais celui d’Agra est le plus imposant et bien conservé. C’est une construction imposante et austère.Ses remparts ont une longueur totale d’environ 7 kilomètres.

Un Fort Rouge est toujours organisé de façon similaire avec une salle d’audience publique où le Roi s’adressait au peuple,

Salle d’audience publique

une salle d’audience privée où il recevait les visiteurs envoyés par les gouvernements étrangers et où il travaillait avec ses ministres, des appartements privés, des palais de divertissements et des jardins. Le Fort Rouge d’Agra a aussi une particularité, celle de posséder une prison. Car le fils du bâtisseur du Taj, voyant les folies financières de son père que constituaient les travaux de construction qui durèrent 20 ans et employèrent 20 000 hommes, décida au bout de deux ans de l’enfermer pour qu’il ne continue pas à sévir. La prison était dorée mais c’en était une.

Motif de décoration de colonne de la prison avec incrustation de pierre précieuses dont certaines ont été dérobées.

Le Roi eut pour seul consolation de voir, depuis son palais prison, la construction du Taj Mahal.

Le Taj Mahal vu depuis le Fort Rouge

Taj Mahal

Pour cette journée qui sera forcément à marquer d’une pierre blanche (oui, c’est une plaisanterie facile, mais encore ne fallait-il pas la rater…) notre départ de l’hôtel est matinal à 6 heures pour être sur place au lever du soleil, à pieds car l’entrée est à 500 mètres au bout de la rue. Nous ne sommes pas seuls dans les rues, de nombreux touristes font le même trajet. Aux portes du site il faut faire la queue pour le contrôle de sécurité. Pour cela deux files sont organisées, l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes. Le constat est étonnant : les visiteurs sont très majoritairement des visiteuses ! L’attente pour se regrouper est un peu longue car non seulement il y a plus de femmes mais comme chacune d’elles a un sac le contrôle de sécurité est plus long.

Quand nous entrons dans le site en franchissant la porte monumentale encore à base de grès rose,la foule ne paraît pas si importante compte tenu des dimensions du lieu. On peut donc admirer assez tranquillement la perspective qui dévoile le Taj Mahal à l’extrémité du bassin et des jardins. On est saisi par la beauté, l’équilibre et la symétrie, la quiétude apportée par le jardin et l’eau et on se dit que si la perfection existe elle doit ressembler à cela. Le guide nous dire précisera que dans le Taj Mahal la symétrie est omniprésente. Dans l’architecture du palais, bien sûr, avec les minarets, les tours et les chatris mais aussi dans les 4 portes du domaine, les deux mosquées à gauche et a droite du palais dont l’une, celle de gauche orientée à l’ouest ne sert à rien, dans les plans du jardin et les bassins. Le seul endroit où la symétrie n’est pas respectée c’est à l’intérieur du mausolée où se trouvent les tombes du Shah et de sa femme : la première est beaucoup plus grande que la seconde.

A notre arrivée dans la jardin, vers 7 heures, le ciel est beau mais voilé. La structure blanche du Taj, plaquée sur un ciel laiteux, ne se détache donc pas bien. Tout se confond un peu dans un halo. Mais à mesure que le soleil se lève, le bleu prend sa place dans le ciel et le Taj Mahal se dévoile de mieux en mieux sur ce fond d’azur. On voit nettement l’évolution. Le fameux reflet dans le bassin est de plus en plus net et quand on arrive au pied du palais proprement dit on est bien face à deux éléments, le blanc du marbre et le bleu du ciel.

Malgré la foule on ne se bouscule pas. L’ambiance est bon enfant. Tout au plus il faut attendre son tour pour pouvoir prendre une photo aux endroits stratégiques. Prendre ou se prendre en photo. Car au pied du Taj Mahal on est au royaume des situations improbables. En premier lieu il faut citer la catégorie des Lady Taj, ces femmes venues en grande tenue de circonstance pour faire la photo de leur vie à grand coup de châles, de chapeaux et de robes extravagantes dont certaines ont été visiblement acquises pour la visite. On rencontre ainsi la japonaise en sari mal ajusté ou l’européenne en pantalon à fleurs, toutes deux avec un sourire à avaler les boucles d’oreilles qu’elles ont éventuellement fort longues. Une deuxième catégorie est celle des fans d’Usain Bolt qui imitent son geste au pied d’un bassin avec le Taj en arrière-plan. De nombreuse variantes sont visibles: les deux bras levés en V comme après un but au foot. Ou encore les équilibristes qui étendent la paume de la main à l’horizontale pour que sur la photo, avec l’effet de perspective, on croit que le palais tient sur cette main. Parfois la pose est plus compliquée, avec équilibre sur un pied.

Avec Marie nous avons sacrifié à la chose, sous la contrainte inflexible de notre guide, qui entend montrer son savoir-faire aux gens qui se trouvent à proximité. Passé ce bref instant d’égarement, nous visitons avec enthousiasme, ce qui n’est pas bien difficile tant on est facilement imprégné par la magie du lieu que la lumière désormais plus chaude du soleil finit de révéler. Nous sommes séduits par la finesse de décoration des parois de marbre blanc incrustées de motifs de marbre rouge ou noir, ce qui représente un travail d’une infinie précision et d’une qualité artistique inégalées. Un débat s’instaure néanmoins entre nous. Marie exprime son admiration pour ce travail de détail, Jean est fasciné par la vision d’ensemble du site dans laquelle ce travail s’insère. On en parle encore.

Les jardins et les bassins ajoutent une note de calme et de sérénité à l’ensemble du site et rehaussent le palais lui-même en l’insérant dans un écrin coloré qui complète le fond du ciel et met encore plus en valeur le Taj.Bon, tout cela est bien gentil. Mieux vaut se régaler de nos photos!

Galerie de photos du Taj Mahal

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Agra, le « baby » Taj

Les trois heures d’autoroute vers Agra sont pimentées par l’observation des choses curieuses qui s’y passent et qu’on prendra peut-être le temps de raconter un jour. Il faudra surement rédiger un billet consacré au transport en Inde.

Nous arrivons à Agra un peu avant 17 heures, ce qui nous laisse le temps de visiter le Baby Taj. Car ici les horaires sont précis : on visite du lever au coucher du soleil, ce qui est de bon sens. Le Baby Taj est ainsi appelé car ce tombeau, encore un, édifié par une veuve en 1628 servi de « brouillon » au Taj Mahal. C’est le premier tombeau construit en marbre blanc, alors que le mur d’enceinte et les 4 portes sont encore en grès rose. Nous profitons de rayons rasant du couchant pour une lumière parfaite. Quand nous terminons la visite, la nuit est tombée. Nous sommes arrivés juste à temps!

Sur le chemin vers l’hôtel Ashok nous fait passer par les bords de la rivière Yamuna pour nous permettre d’apercevoir le Taj Mahal dans la brume, de l’autre côté du fleuve. Mais la suite sera pour demain.

Il nous déniche un restaurant original : le barbecue est sur la table et on fait ses grillades sans bouger de sa place. Somptueux!