Couleurs de pierres

Santiago, Oviedo: quel contraste entre les deux vieilles villes !

Santiago d’abord puisque c’est là que notre voyage a commencé. C’est un roc, une armada dont la cathédrale serait le navire amiral. La force à l’état pur, habillée de ce granit sombre qu’on retrouve partout du sol au plafond en quelque sorte puisqu’il habille le sol avec les dalles immenses des rues et des places,

les murs des maisons de la vieille ville

et le ciel avec les flèches de la cathédrale

au milieu desquelles Saint Jacques surveille l’horizon.

Indestructible et éternel Santiago qui a franchi des siècles et des siècles et attire toujours et toujours les pèlerins venus du monde entier. La foule se presse dans les rues et sur les places, dans le calme.

L’unité de teinte, par grand soleil ou par grande pluie comme aujourd’hui, fédère la ville bien plus qu’elle ne la rend ni austère ni sévère.

Ensuite Oviedo notre second étape. La vieille ville d’Oviedo est au contraire colorée et chantante.

La couleur chaude de la pierre qui habille le centre historique est le liant de ce dédale de ruelles qui invitent à la déambulation la foule que l’on y voit nombreuse.

Oviedo propose un festival coloré de façades pittoresques sur des places aux dalles multicolores.

Les couleurs des matériaux se mêlent harmonieusement entre la pierre ocre des murs et le sol marbré aux reflets roses, encore plus marqués sous la pluie.

Bien sûr les bâtisseurs de chaque cité se sont tournés vers les matériaux de construction se trouvant à proximité. Ce n’étaient pas les mêmes, ici et là. Étonnant de constater comme la pierre peut façonner le monde.

A Santiago.

A Oviedo.

Camino de Santiago

Ce matin nous avons quitté Clotilde après un dernier petit-déjeuner partagé, sous le soleil et au pied des sommets enneigés visibles depuis notre chambre.

En 2013 nous avons fait le chemin dans la catégorie « jeunes retraités » ce qui nous autorisait à faire le trajet en bus avec 5 kilomètres de marche par jour. Aujourd’hui nous sommes passés en « vétéran à ménager » ce qui nous permet de faire les deux derniers kilomètres (enfin presque…)

avant de rejoindre la messe des pèlerins.

Nous avions prévu ce programme pour jeudi mais vu la journée de pluie qui s’annonce nous avons préféré avancer la marche d’une journée. Nous rejoindrons la messe avec le concours des parapluies de l’aubergiste.

Pendant notre marche nous avons dénombré une trentaine de coquilles scellées dans le sol, environ tous les 30 à 40 mètres.

Mais deux constatations interpellent. D’abord, une longue portion de rue, peut-être 700 mètres, a été rénovée durant les dernières années. Aucune coquille n’a été insérée dans le nouveau sol. Nous avons noté dans le trottoir au moins une dizaine de trous circulaires de la dimension d’une coquille.

Bien sûr ce n’est que notre interprétation, mais cela ressemble bigrement à du vandalisme de collectionneur qui ne se soucie pas du bien commun. La tradition et le sens du respect seraient-ils aussi en voie de disparition sur cette institution séculaire ? Un peu avant la « Porta del Camino » qui marque l’entrée du chemin dans la vieille ville nous avons repéré dans le sol cette inscription gravée en plusieurs langues : « L’Europe s’est faite grâce au pèlerinage à Compostelle ».

Comme tous les pèlerins nous avons fait notre entrée glorieuse sur une Praza de Obradoiro noire de monde. Incroyable !

Il fait nuit pour tout le monde, à Santiago comme à Oviedo. Bien sûr la première ne peut rivaliser avec la seconde en matière d’illuminations mais ne s’en tire pas mal, en particulier dans le jardin d’Alameda où la vue de nuit à partir du mirador réserve un joli coup d’œil.

Oviedo, ville lumière

Après notre petit-déjeuner en commun, découverte de la faculté des sciences humaines en allant chercher Clotilde à la fin de ses cours.

Vaste campus aéré, un peu à l’écart de la ville, non loin d’une splendide église pré-romane du début du IXème siècle mais qu’il n’ a été possible de voir que de l’extérieur. Elle est inscrite au patrimoine de l’UNESCO.

Malgré l’absence du soleil nous avons pu parcourir la vieille ville et apprécier le ton chaud de la pierre, couleur sable, de l’ensemble des édifices du centre historique.

Cette unité de ton donne à l’ensemble un cachet indéniable.

Mais le plus spectaculaire était à venir en soirée. Retrouvant Clotilde après ses cours de l’après-midi pour notre dernier repas ensemble nous plongeons dans les lumières de la ville. Les innombrables illuminations de Noël scintillent partout en ville. Dans la grande rue principale Uria, sorte de Champs Elysées d’Oviedo,

mais aussi dans le parc urbain avec ses arches lumineuses

Le parc urbain et la foule qui se presse.

et les silhouettes d’animaux, ours et biches

et dans les petites rues de la ville historique.

Oviedo est donc doublement ville lumière, le jour quand le soleil met en valeur la pierre chaude de ses constructions, le soir en cette période de fêtes.

Oviedo fait vraiment fort pour être ville lumière. Bannières symbolisant une crèche lumineuse ou le cortège des mages, souhait de joyeux Noël, rien ne manque. C’est vraiment féerique, une foule nombreuse se presse dans les rues, c’est la fête pour les petits enfants, la ville est traversée d’une animation incroyable.

L’apothéose de la décoration lumineuse est pour la place de l’hôtel de ville dont la façade est somptueusement décorée.

 

Spectacle époustouflant dont nous nous régalons tous les trois.

La cathédrale d’Oviedo

Grand soleil le matin pour les retrouvailles du petit déjeuner et un petit tour en ville jusqu’au bureau de postes pendant que Clotilde se rend à ses cours.

Mais en une heure le temps tourne et la pluie arrive. C’est donc sous un crachin intermittent que Clotilde nous emmène à la découverte de la vieille ville en début d’après-midi. Mais quand nous sortons de déjeuner c’est carrément la pluie qui nous attend. Comble de malchance la cathédrale n’ouvre qu’à 16 heures.

On décide de renoncer et de retourner à l’hôtel. En cours de route on s’offre une pause chocolat chaud. La pluie en profite pour se calmer. Nous changeons de nouveau nos plans pour un retour à la cathédrale. Longeant le parc urbain on prend le temps de quelques photos sur la déco de Noël

et le parterre végétal marquant la date du jour.

La vieille ville regorge de façades particulièrement esthétiques.

La visite de la cathédrale s’avère très intéressante. Comme beaucoup de cathédrales espagnoles elle possède un immense retable doré, dont les dimensions impressionnent: seize mètres de haut et onze mètres de large. On aime ou on n’aime pas mais ici il est difficile d’échapper au baroque ambiant.

On apprend aussi l’existence d’un suaire devant lequel Jean-Paul II est venu prier et qui complète en quelque sorte le linceul de Turin. Selon la tradition, ce tissu aurait été appliqué sur le visage de Jésus après sa crucifixion.

Reproduction du suaire d’Oviedo.

Ce suaire est présenté en public chaque année le vendredi saint, le 14 septembre pour la Fête de la Sainte Croix et un semaine plus tard.

La ville est parée des décorations de Noël dans beaucoup de rues, et pas seulement les plus grandes.

Crèche géante place de la cathédrale.

Saint Jacques pour l’éternité

Qu’on vienne pour la première fois ou qu’on y revienne, une observation s’impose: Santiago est bien plus qu’un monument de pierres. C’est un monument de spiritualité, d’histoire, de culture et de fraternité. Depuis plus de douze siècles des millions de pèlerins ont convergé vers ce lieu,

portant sur leur dos ce qui pèse, dans leur vie ou dans celle des autres pour le compte de qui ils font le pèlerinage, pour le déposer dans les bras de l’apôtre. Cette situation est probablement unique au monde. En 1984 le Conseil de l’Europe a reconnu le chemin comme « un bien culturel commun de l’Europe ». En 1993 le Camino francés est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Même au début de ce mois de décembre les pèlerins arrivent, en petit nombre certes, deux ou trois dizaines, et sont présents à la messe des pèlerins. Comme il est de tradition, au début de la messe, le célébrant a cité les marcheurs présents. Nous avons compris que quatre groupes étaient présents aujourd’hui, sans savoir d’où ils venaient. La cathédrale était pleine mais les allées vides contrairement aux jours d’affluence des grandes arrivées: tous les marcheurs s’y installent à même le sol. Nous avons vécu une grande ferveur dans la cathédrale.

Auparavant nous avons mis à profit la matinée libre pour nous rendre au mirador du jardin d’Alameda pour cette vue d’ensemble magnifique sur la cathédrale et les édifices voisins. Le premier plan est pas mal également.

Pour Clotilde cette visite était la première, marquante. Elle se dit que, plus tard, elle reviendrait bien marcher vers Saint Jacques quelques dizaines des derniers kilomètres du chemin. Pour nous, dans deux jours à notre retour d’Oviedo, ce sera notre dernière visite à Saint Jacques. Nous envisageons de marcher les deux ou trois derniers kilomètres du chemin. Passage de témoin entre générations ?

Post-scriptum hors sujet. Nous retour fait le retour à Oviedo dans un superbe autobus hyper confortable. Une découverte de plus !

Santiago sous le soleil

Quand nous mettons le nez à la fenêtre, belle surprise, la météo est au rendez-vous. Le ciel bleu revient, avec encore un peu de nuages mais le temps de dégage vite. Retrouvailles avec la façade de la cathédrale et là encore belle surprise : la grande rénovation de la dernière décennie a fait disparaître les traces de mousses jaunes qui coloraient la pierre.

La façade en 2013

Celle-ci a retrouvé sa couleur d’origine.

Dans la foulée c’est sur un ciel parfait que se dessine la tour de l’horloge, première étape de notre parcours de reconnaissance de la cathédrale.

A l’intérieur nous sommes de nouveau étourdi par la baroque espagnole qui flamboie,

au milieu duquel Saint Jacques trône en majesté.

A l’heure de retrouver Clotilde à la gare routière celle-ci est un peu en avance. A notre arrivée, quinze minutes avant l’heure, un bus nous croise. Nous ne remarquons rien. Mais Clotilde qui est à bord nous a repérés. Retrouvailles chaleureuses et émues, quel plaisir !

A trois nous parcourons les derniers trois cents mètres du Camino pour avoir le plaisir de déboucher sur la place comme les pèlerins. Et à notre surprise, en ce début de décembre on en voit arriver, toujours aussi émerveillés d’avoir réussi. Plus modestement nous nous contentons de photos classiques devant la formidable façade

 

 

avant de visiter la cathédrale et l’extraordinaire Porche de Gloire auquel la restauration a rendu de magnifiques couleurs, qu’il n’est plus permis de photographier. Pour les couleurs ce sera à l’extérieur, celles offertes par les lumières du couchant sur la façade elle-même

et sur la statue de Saint Jacques qui la domine.

Une belle façon de terminer la journée placée sous le signe du soleil et du sourire.