Le journée commence comme pour n’importe quel départ en vacances. Lever à 4 heures, route par un temps maussade, autoroute belge à la signalisation approximative, contrôle des passeports débordés à l’aéroport entraînant trois quart d’heures de retard…
Mais à Skopje visiblement les mouches ont changé d’âne. Atterrissage à 12h10, arrivée au contrôle des passeports à 12h20. Comme nous sommes le seul avion en ce moment le contrôle est ultra rapide. Quand on le quitte pour passer aux bagages le tapis roulant se met juste en route et la première valise qu’il propose c’est la nôtre. Le temps de retirer de l’argent et notre taxi démarre à 12h30. De toute notre carrière de voyageurs on n’a jamais fait mieux… A 13 heures le taxi nous débarque à la gare routière de Skopje. Le chauffeur, très sympa, m’explique où acheter les tickets de bus. A 13h10 nous sommes installés dans le bus de Bitola pour départ à 13h30. Il y a une heure nous quittions l’avion…
Alors commence un fantastique voyage en bus. Nous avions choisi ce mode de transport pour plonger dans la couleur locale. Nous allons être servis. Musique dans le bus, moderne certes, mais très imprégnées de traditions locales (instruments, airs folkloriques très typés) et pas du tout lassante. Musique d’ambiance dirions-nous, pour une excellente ambiance.

Marie se trouve assise à côté d’une étudiante macédonienne qui parle un très bon français qu’elle est ravie de pouvoir pratiquer pendant de longues discussions. Nous quittons doucement Skopje, sa circulation un peu débordante, ses avenues bordées d’immeubles qui semblent éternellement en construction, ses minarets et dômes de mosquées, ses églises byzantines, puis ses avenues verdoyantes. Apparaissent des banlieues pavillonnaires de plus en plus aérées puis vient la campagne au relief souvent torturé sur lequel rien ne pousse. On se dit qu’on n’aimerait pas habiter là, d’ailleurs on n’y voit guère de maisons.
Après le premier arrêt à Velès (70 km au sud de Skopje) le paysage change, le territoire s’élargit et s’apaise. Les produits du terroir surgissent au bord de la route comme dans cette vente de fruits et légumes de la production locale observé lors d’un arrêt.

Des vignes en espalier à perte de regard dans certains secteurs. Les monts et collines bordent l’horizon alternant les couleurs foncées et claires au rythme des nuages qui passent puis se déchirent. On ne peut être qu’admiratif devant ce pastel de la nature.
Circuler en autobus en Macédoine c’est un peu faire revenir le temps des diligences. On ne revendique pas d’être pressé: on mettra quand même trois heures trente pour faire les 170 kilomètres. Mais on s’arrête au moins cinq fois dans des grandes villes (Velès et Prilep) mais aussi dans des coins perdus improbables y compris dix minutes d’arrêt restauration et toilettes au restaurant Javor.

A bord chacun s’installe au mieux et au gré des descentes s’installe encore un peu mieux grâce à une place devenue libre. Comme la diligence allait de relais en relais l’autobus va de gare routière en gare routière, véritable institution, signe extérieur de richesse indispensable pour une commune au pays d’un peuple voyageur.

Après Prilep le jour commence sérieusement à décliner. La route franchit un col à 1 000 mètres. Après avoir vécu le déclin du jour dans la montée nous vivons le soleil resplendissant dans la descente, symphonies de contrastes lumineux sur un horizon composé de plusieurs rideaux de montagnes qui font équipe pour séparer la terre, dans toutes les teintes de vert, du ciel où le bleu le dispute au gris de quelques nuages sombres, sous le projecteur du soleil. Plus simple et plus féerique ça ne doit pas exister.
Hasard du calendrier, la liturgie du jour propose cet extrait du Livre de la Sagesse : « C’est le feu, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde, que tous ces gens qui restent dans l’ignorance de Dieu ont regardés comme des dieux. … ils doivent savoir combien le Maître de ces choses leur est supérieur, car l’Auteur même de la beauté est leur créateur ».
Comme si toutes ces merveilles simples ne suffisaient pas à rendre ce voyage extraordinaire voici qu’il se termine en retrouvant Émilie.


Nous avons en nous un Bitola qui sommeille. Qui ira en bus à Bitola ?