Camino de Santiago

Ce matin nous avons quitté Clotilde après un dernier petit-déjeuner partagé, sous le soleil et au pied des sommets enneigés visibles depuis notre chambre.

En 2013 nous avons fait le chemin dans la catégorie « jeunes retraités » ce qui nous autorisait à faire le trajet en bus avec 5 kilomètres de marche par jour. Aujourd’hui nous sommes passés en « vétéran à ménager » ce qui nous permet de faire les deux derniers kilomètres (enfin presque…)

avant de rejoindre la messe des pèlerins.

Nous avions prévu ce programme pour jeudi mais vu la journée de pluie qui s’annonce nous avons préféré avancer la marche d’une journée. Nous rejoindrons la messe avec le concours des parapluies de l’aubergiste.

Pendant notre marche nous avons dénombré une trentaine de coquilles scellées dans le sol, environ tous les 30 à 40 mètres.

Mais deux constatations interpellent. D’abord, une longue portion de rue, peut-être 700 mètres, a été rénovée durant les dernières années. Aucune coquille n’a été insérée dans le nouveau sol. Nous avons noté dans le trottoir au moins une dizaine de trous circulaires de la dimension d’une coquille.

Bien sûr ce n’est que notre interprétation, mais cela ressemble bigrement à du vandalisme de collectionneur qui ne se soucie pas du bien commun. La tradition et le sens du respect seraient-ils aussi en voie de disparition sur cette institution séculaire ? Un peu avant la « Porta del Camino » qui marque l’entrée du chemin dans la vieille ville nous avons repéré dans le sol cette inscription gravée en plusieurs langues : « L’Europe s’est faite grâce au pèlerinage à Compostelle ».

Comme tous les pèlerins nous avons fait notre entrée glorieuse sur une Praza de Obradoiro noire de monde. Incroyable !

Il fait nuit pour tout le monde, à Santiago comme à Oviedo. Bien sûr la première ne peut rivaliser avec la seconde en matière d’illuminations mais ne s’en tire pas mal, en particulier dans le jardin d’Alameda où la vue de nuit à partir du mirador réserve un joli coup d’œil.

Oviedo, ville lumière

Après notre petit-déjeuner en commun, découverte de la faculté des sciences humaines en allant chercher Clotilde à la fin de ses cours.

Vaste campus aéré, un peu à l’écart de la ville, non loin d’une splendide église pré-romane du début du IXème siècle mais qu’il n’ a été possible de voir que de l’extérieur. Elle est inscrite au patrimoine de l’UNESCO.

Malgré l’absence du soleil nous avons pu parcourir la vieille ville et apprécier le ton chaud de la pierre, couleur sable, de l’ensemble des édifices du centre historique.

Cette unité de ton donne à l’ensemble un cachet indéniable.

Mais le plus spectaculaire était à venir en soirée. Retrouvant Clotilde après ses cours de l’après-midi pour notre dernier repas ensemble nous plongeons dans les lumières de la ville. Les innombrables illuminations de Noël scintillent partout en ville. Dans la grande rue principale Uria, sorte de Champs Elysées d’Oviedo,

mais aussi dans le parc urbain avec ses arches lumineuses

Le parc urbain et la foule qui se presse.

et les silhouettes d’animaux, ours et biches

et dans les petites rues de la ville historique.

Oviedo est donc doublement ville lumière, le jour quand le soleil met en valeur la pierre chaude de ses constructions, le soir en cette période de fêtes.

Oviedo fait vraiment fort pour être ville lumière. Bannières symbolisant une crèche lumineuse ou le cortège des mages, souhait de joyeux Noël, rien ne manque. C’est vraiment féerique, une foule nombreuse se presse dans les rues, c’est la fête pour les petits enfants, la ville est traversée d’une animation incroyable.

L’apothéose de la décoration lumineuse est pour la place de l’hôtel de ville dont la façade est somptueusement décorée.

 

Spectacle époustouflant dont nous nous régalons tous les trois.

La cathédrale d’Oviedo

Grand soleil le matin pour les retrouvailles du petit déjeuner et un petit tour en ville jusqu’au bureau de postes pendant que Clotilde se rend à ses cours.

Mais en une heure le temps tourne et la pluie arrive. C’est donc sous un crachin intermittent que Clotilde nous emmène à la découverte de la vieille ville en début d’après-midi. Mais quand nous sortons de déjeuner c’est carrément la pluie qui nous attend. Comble de malchance la cathédrale n’ouvre qu’à 16 heures.

On décide de renoncer et de retourner à l’hôtel. En cours de route on s’offre une pause chocolat chaud. La pluie en profite pour se calmer. Nous changeons de nouveau nos plans pour un retour à la cathédrale. Longeant le parc urbain on prend le temps de quelques photos sur la déco de Noël

et le parterre végétal marquant la date du jour.

La vieille ville regorge de façades particulièrement esthétiques.

La visite de la cathédrale s’avère très intéressante. Comme beaucoup de cathédrales espagnoles elle possède un immense retable doré, dont les dimensions impressionnent: seize mètres de haut et onze mètres de large. On aime ou on n’aime pas mais ici il est difficile d’échapper au baroque ambiant.

On apprend aussi l’existence d’un suaire devant lequel Jean-Paul II est venu prier et qui complète en quelque sorte le linceul de Turin. Selon la tradition, ce tissu aurait été appliqué sur le visage de Jésus après sa crucifixion.

Reproduction du suaire d’Oviedo.

Ce suaire est présenté en public chaque année le vendredi saint, le 14 septembre pour la Fête de la Sainte Croix et un semaine plus tard.

La ville est parée des décorations de Noël dans beaucoup de rues, et pas seulement les plus grandes.

Crèche géante place de la cathédrale.

Saint Jacques pour l’éternité

Qu’on vienne pour la première fois ou qu’on y revienne, une observation s’impose: Santiago est bien plus qu’un monument de pierres. C’est un monument de spiritualité, d’histoire, de culture et de fraternité. Depuis plus de douze siècles des millions de pèlerins ont convergé vers ce lieu,

portant sur leur dos ce qui pèse, dans leur vie ou dans celle des autres pour le compte de qui ils font le pèlerinage, pour le déposer dans les bras de l’apôtre. Cette situation est probablement unique au monde. En 1984 le Conseil de l’Europe a reconnu le chemin comme « un bien culturel commun de l’Europe ». En 1993 le Camino francés est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Même au début de ce mois de décembre les pèlerins arrivent, en petit nombre certes, deux ou trois dizaines, et sont présents à la messe des pèlerins. Comme il est de tradition, au début de la messe, le célébrant a cité les marcheurs présents. Nous avons compris que quatre groupes étaient présents aujourd’hui, sans savoir d’où ils venaient. La cathédrale était pleine mais les allées vides contrairement aux jours d’affluence des grandes arrivées: tous les marcheurs s’y installent à même le sol. Nous avons vécu une grande ferveur dans la cathédrale.

Auparavant nous avons mis à profit la matinée libre pour nous rendre au mirador du jardin d’Alameda pour cette vue d’ensemble magnifique sur la cathédrale et les édifices voisins. Le premier plan est pas mal également.

Pour Clotilde cette visite était la première, marquante. Elle se dit que, plus tard, elle reviendrait bien marcher vers Saint Jacques quelques dizaines des derniers kilomètres du chemin. Pour nous, dans deux jours à notre retour d’Oviedo, ce sera notre dernière visite à Saint Jacques. Nous envisageons de marcher les deux ou trois derniers kilomètres du chemin. Passage de témoin entre générations ?

Post-scriptum hors sujet. Nous retour fait le retour à Oviedo dans un superbe autobus hyper confortable. Une découverte de plus !

Santiago sous le soleil

Quand nous mettons le nez à la fenêtre, belle surprise, la météo est au rendez-vous. Le ciel bleu revient, avec encore un peu de nuages mais le temps de dégage vite. Retrouvailles avec la façade de la cathédrale et là encore belle surprise : la grande rénovation de la dernière décennie a fait disparaître les traces de mousses jaunes qui coloraient la pierre.

La façade en 2013

Celle-ci a retrouvé sa couleur d’origine.

Dans la foulée c’est sur un ciel parfait que se dessine la tour de l’horloge, première étape de notre parcours de reconnaissance de la cathédrale.

A l’intérieur nous sommes de nouveau étourdi par la baroque espagnole qui flamboie,

au milieu duquel Saint Jacques trône en majesté.

A l’heure de retrouver Clotilde à la gare routière celle-ci est un peu en avance. A notre arrivée, quinze minutes avant l’heure, un bus nous croise. Nous ne remarquons rien. Mais Clotilde qui est à bord nous a repérés. Retrouvailles chaleureuses et émues, quel plaisir !

A trois nous parcourons les derniers trois cents mètres du Camino pour avoir le plaisir de déboucher sur la place comme les pèlerins. Et à notre surprise, en ce début de décembre on en voit arriver, toujours aussi émerveillés d’avoir réussi. Plus modestement nous nous contentons de photos classiques devant la formidable façade

 

 

avant de visiter la cathédrale et l’extraordinaire Porche de Gloire auquel la restauration a rendu de magnifiques couleurs, qu’il n’est plus permis de photographier. Pour les couleurs ce sera à l’extérieur, celles offertes par les lumières du couchant sur la façade elle-même

et sur la statue de Saint Jacques qui la domine.

Une belle façon de terminer la journée placée sous le signe du soleil et du sourire.

Insolites de Macédoine

Une de nos destinations préférées, sur la droite.

Ces merveilleux bus macédoniens !

Bus macédonien à conduite assistée.

Musique à bord et spectacle dans la rue. Ici dans le centre de Skopje.

Les chiens de Bitola.

Les drapeaux de Bitola, de la Macédoine et de l’UE.

Arrêt de bus dans une petite ville. Les gousses de poivrons rouges.

Urgence au centre d’Ohrid.

A Skopje nous expliquons au chauffeur de taxi (clandestin) comment aller à notre hôtel…

Présentation d’une petite église à Ohrid.

Établi du cireur de chaussures à deux pas de la place de Macédoine à Skopje…

… et son voisin, le roi du marron chaud.

Au choix ! (Vitrine dans la vieille ville de Skopje).

Stratégie de camouflage de statues.

Émilie nous rejoint pour le petit déjeuner.

 

Retro carnet de voyage

En août 1970 j’avais choisi de faire un stage facultatif à l’international, après ma troisième année d’Icam. Le sort me désigna, au cœur de la Serbie, un laminoir de cuivre qui fonctionne toujours. Je viens d’en retrouver une photo récente.

Comme on prend prétexte d’une visite à une petite fille étudiante pour découvrir son cadre de vie, ce stage me servit d’alibi pour visiter la région. A Sofia en train, puis de là en autobus vers Skopje, et encore en autobus vers Ohrid, tout cela avant de rejoindre la Serbie.

Comme pour chacune de mes escapades chaque étape donna lieu à un chapitre dans mon carnet de voyage. L’habitude était déjà là. Les moyens n’avaient rien à voir avec ceux que nous connaissons aujourd’hui. Les photos étaient en noir et blanc. On était rarement sur les photos car à cette époque on n’avait pas le bras assez long et on manquait de retardateur de prise de vue. Mais les angles de prises de vue n’ont pas changé.

Ainsi ces deux photos de l’église Saint Sophie d’Ohrid que 53 ans séparent.

Ou encore celle-ci de l’église Saint Jean de Kaneo, cadrage incontournable à travers  les ans.

Mon carnet de voyage, pompeusement intitulé « Les portes de l’Orient », était un simple classeur d’étudiant.

Le texte tapé à la machine à écrire exigeait un peu d’attention car s’emmêler les crayons, si j’ose dire, entre deux touches créait une situation irréversible et un sentiment certain de loupé difficile à corriger.

Bien sûr la petite jetée n’est plus aujourd’hui fréquentée par les pêcheurs à la ligne…

Des chiens, des chats et des lions.

En Macédoine les animaux gambadent en liberté. A Bitola c’était les chiens (mais aussi les chats quand nous déjeunions en terrasse) à Ohrid les chats. A Skopje les lions complètent notre ménagerie de voyage à ce détail près qu’ils sont immobiles mais omniprésents sous forme de statues.

Leur allure impose le respect mais l’été certains d’entre eux crachent l’eau par la gueule vers le centre du bassin quand la fontaine de la place de Macédoine est en service.

Les lions ne représentent qu’une toute petite partie des statues qui pullulent dans la ville suite à la reconstruction de la ville après le tremblement de terre du 26 juillet 1963 à 5 heures 17 du matin. Une partie de la façade de la gare de Skopje qui ne s’est pas effondrée porte l’horloge dont les aiguilles se sont arrêtées à l’heure du séisme. Aujourd’hui c’est devenu le musée de la ville qui relate notamment les évènements.

Le séisme a laissé un champ de ruines, une table rase et une ville à reconstruire. Sur ce terrain vierge une cohorte d’architectes avant-gardistes et un tantinet fanatiques s’est emparée du projet de reconstruction et a imaginé des immeubles d’une architecture légèrement délirante. Quand on voit le résultat on se dit qu’ils n’avaient pas dû fumer que l’excellent tabac macédonien produit dans la région de Prilep.

L’exemple le plus emblématique de cette catastrophe architecturale est sans doute l’immeuble des Postes Macédoniennes fait de béton brut aux formes improbables, sorte de vaisseau spatial ou d’insecte aux pattes tournées vers le haut.

Les statues sont partout, des chevaux et un taureau complétant la ménagerie. Hormis quelques statues gigantesques comme le Guerrier à Cheval (15 mètres) sur la place de Macédoine

ou l’enfilade de statues à l’entrée de la vieille ville

on finit par les oublier. Par contre ce qui ne peut s’oublier ce sont les immeubles au style délirant car ils forment l’horizon de quelque côté qu’on se tourne. Ici sur les rives du fleuve Vardar

et là au cœur de la ville moderne.

Heureusement on trouve aussi des éléments d’architecture plus classique et plus apaisante comme la récente cathédrale Saint Clément

et son intérieur somptueux.

La vieille ville et le vieux bazar offrent aussi un havre de sérénité au milieu de cette hystérie de constructions. L’église du Saint Sauveur, au cœur de la vieille ville et à deux pas des mosquées, possède un iconostase en noyer qui est une véritable dentelle.

Visiblement la Macédoine se cherche un passé historique que ses caractères de carrefour économique entre l’Europe et l’Asie et de mosaïque ethnique, culturelle, religieuse, linguistique ne lui a permis de forger au fil du temps. Pour cela elle n’hésite pas à s’accaparer des personnages célèbres qui ne lui appartiennent pas, comme Alexandre le Grand, et à semer des statues un peu partout pour tenter de convaincre que son passé est plein de grands hommes. La prolifération des styles architecturaux a son doute aussi pour objectif de faire la démonstration d’une saga nationale mais celle-ci peine à convaincre.

Ainsi la commémoration du référendum d’indépendance aux début des années 90 a conduit à la construction de cet arc de triomphe, la Porte de Macédoine.

Cette volonté désordonnée conduit parfois à un résultat qui va à l’encontre du but recherché. Ainsi cette statue proche de la Porte de Macédoine qui se détache sur fond d’immeuble éternellement en construction.

Sur la place de Macédoine, près de l’endroit où se trouvait la maison où elle a vécu, détruite par le séisme, un visage connu et souriant appelle à un peu de modestie.

Autant on a aimé la vie paisible de Bitola, le farniente naturel et artistique d’Ohrid, autant l’idée de vivre à Skopje est loin de nous inspirer. L’ambiance n’y est pas franchement agréable. Mais pour une brève visite l’effet de curiosité est à son comble.

Et puis on a une chouette chambre d’hôtel où il est agréable, entre deux visites, de se réconforter autour d’un bon café.

 

 

 

Saint Jean de Kaneo

L’image emblématique associée à Ohrid  est celle de la petite église de Saint Jean de Kaneo accroché sur son promontoire face au lac.

Église Saint Jean de Kaneo

Saint Jean parce que, selon la tradition, ce serait Jean de Patmos qui serait venu évangéliser la région vers l’an 50. De Kaneo parce que c’est le nom du promontoire rocheux.

Bien sûr nous avons suivi le tradition de la photo avec l’église en arrière plan.

Le soleil et le ciel bleu de la veille avaient laissé la place à un ciel couvert et peu lumineux sauf par moment. Le spectacle reste cependant grandiose.

En début de matinée nous avions pu admirer les incroyables fresques du XIème siècle formidablement conservées de l’église Marie-Mère-de-Dieu.

Église de la Mère-de-Dieu Perivleptos, fresque de la Dormition de la Mère de Dieu.

Et ce soir nous avons terminé la séquence de Bitola avec un sympathique diner d’au-revoir partagé avec Émilie. Décidément la Macédoine c’est pas mal !

Découverte d’Ohrid

Nous quittons Bitola par le premier bus et par un temps magnifique ce qui nous permet d’admirer les sommets enneigés sur le massif du Pelister.

La route s’enfonce dans la montagne en se faufilant entre les monts et en laissant toujours entrevoir la neige.

Arrivés sans encombre à Ohrid et installés à l’hôtel nous partons à la découverte de la cité.

La forteresse Samuel, plus haut point d’Ohrid.

Pas de chance le lundi c’est jour de fermeture. Il faudra revenir demain pour la vue panoramique. Mais on n’a pas tout perdu pour le coup d’œil.

Vue sur le lac depuis les hauteurs d’Ohrid

Le lac, la ville et la neige.

Et côté village ce n’est pas mal non plus.

Après avoir beaucoup marché, monté et descendu bien des marches, avoir fait des pauses au soleil, nous atteignons la cathédrale Saint Sophie qui porte vingt siècles d’histoire.

Saint Sophie, la tour

Vue générale de Sainte Sophie.

Superbes fresques du XIème siècle, parmi les mieux conservées au monde,  donnant la vision byzantine du schisme de 1054.

Après tous ces efforts culturels une pause déjeuner s’impose et nous nous offrons un emplacement de rêve, esthétique et épicurien.

A la pizzeria Via Sacra, face à Sainte Sophie.

Retour par un détour au bord du lac.

Allez, on ne va pas se plaindre !