Châteaux forts et abbayes

Les châteaux forts et les abbayes sont nombreux dans les Pyrénées de l’Est, chacun dans son style. Mais finalement ces deux types de construction sont-ils si différents ? Quels sont leurs points communs ?

Château d’Aguilar

Ils sont tous de la même époque, autour du XI° ou XII° siècle. On commence à parler de Peyrepertuse et de Queribus en 1020, de Fontfroide en 1093 pour ne citer que les plus célèbres. Ensuite chacun a traversé le temps avec des fortunes diverses et des restaurations distinctes. Fontfroide ne résistera pas à la Révolution d’abord, aux lois lois anti-congrégationnistes de la Troisième République au début du XXe siècle ensuite. Quéribus tombe dans l’abandon à partir du XVIII° siècle et ne sera restauré qu’à partir de 1950. L’histoire est à peu près la même pour Peyrepertuse. L’abbaye Saint Martin du Canigou commença à décliner un siècle après sa fondation, largement détruite par le tremblement de terre de 1428 en Catalogne, abandonnée à la Révolution. L’évêque de Perpignan entreprit de commencer à la restaurer en 1902. Elle est de nouveau habitée par une communauté.

Saint Martin du Canigou

Les raisons du choix des lieux de construction sont radicalement différentes. Les châteaux forts ont évidemment une visée stratégique, en un lieu élevé pour surveiller le territoire et contrôler les accès. Ils sont construits sur des promontoires ou des crêtes et souvent se fondent avec le paysage. Souvent, en arrivant, de loin, on les confond avec la montagne. La logistique de construction doit s’adapter à la géographie du lieu. C’est ainsi qu’un château doit comporter au moins une citerne pour recueillir l’eau de pluie, seule alimentation possible en eau pour la garnison. Les toits seront donc nombreux et, si possible, de grande surface. Une logique similaire préside au choix du lieu d’implantation d’une abbaye: ce sera près d’un point d’eau. Ainsi, à Fontfroide, ce sera la « fontaine fraîche » qui donnera son nom à l’abbaye. Parfois l’abbaye s’installe à côté d’une première chapelle ou église dédiée à un saint local.

Châteaux-forts et abbayes sont construits en pierre. Quelles différence de résultat pour un même matériau. La difficulté de construction n’était pas la même pour un château sur un promontoire à 700 mètres d’altitude ou une abbaye dans la plaine de Narbonne. La vocation des édifices éclate dans le travail de la pierre, pierre généralement brute dans les châteaux malgré quelques exceptions, pierre travaillée et sculptée dans les abbayes.

Cloître du Prieuré de Serrabonna

Un autre point de comparaison mérite d’être souligné. Il s’agit des escaliers. Tous les visiteurs vous le diront: il est beaucoup plus facile de monter un escalier d’abbaye qu’un escalier de château fort. La raison est que chacun d’eux a une fonction différente. L’escalier qui mène à un château fort, situé sur un escarpement ou un sommet, est le seul moyen d’accès praticable. Il faut donc le rendre le plus difficile possible afin que tout assaillant soit retardé dans sa progression et qu’il puisse être vu le plus possible par les guetteurs du château. L’escalier de Quéribus est un bon exemple. Les marches sont inégales, il tourne sans cesse, il passe sous les remparts. Puis ensuite à l’intérieur des remparts il redevient rectiligne.

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