Des chiens, des chats et des lions.

En Macédoine les animaux gambadent en liberté. A Bitola c’était les chiens (mais aussi les chats quand nous déjeunions en terrasse) à Ohrid les chats. A Skopje les lions complètent notre ménagerie de voyage à ce détail près qu’ils sont immobiles mais omniprésents sous forme de statues.

Leur allure impose le respect mais l’été certains d’entre eux crachent l’eau par la gueule vers le centre du bassin quand la fontaine de la place de Macédoine est en service.

Les lions ne représentent qu’une toute petite partie des statues qui pullulent dans la ville suite à la reconstruction de la ville après le tremblement de terre du 26 juillet 1963 à 5 heures 17 du matin. Une partie de la façade de la gare de Skopje qui ne s’est pas effondrée porte l’horloge dont les aiguilles se sont arrêtées à l’heure du séisme. Aujourd’hui c’est devenu le musée de la ville qui relate notamment les évènements.

Le séisme a laissé un champ de ruines, une table rase et une ville à reconstruire. Sur ce terrain vierge une cohorte d’architectes avant-gardistes et un tantinet fanatiques s’est emparée du projet de reconstruction et a imaginé des immeubles d’une architecture légèrement délirante. Quand on voit le résultat on se dit qu’ils n’avaient pas dû fumer que l’excellent tabac macédonien produit dans la région de Prilep.

L’exemple le plus emblématique de cette catastrophe architecturale est sans doute l’immeuble des Postes Macédoniennes fait de béton brut aux formes improbables, sorte de vaisseau spatial ou d’insecte aux pattes tournées vers le haut.

Les statues sont partout, des chevaux et un taureau complétant la ménagerie. Hormis quelques statues gigantesques comme le Guerrier à Cheval (15 mètres) sur la place de Macédoine

ou l’enfilade de statues à l’entrée de la vieille ville

on finit par les oublier. Par contre ce qui ne peut s’oublier ce sont les immeubles au style délirant car ils forment l’horizon de quelque côté qu’on se tourne. Ici sur les rives du fleuve Vardar

et là au cœur de la ville moderne.

Heureusement on trouve aussi des éléments d’architecture plus classique et plus apaisante comme la récente cathédrale Saint Clément

et son intérieur somptueux.

La vieille ville et le vieux bazar offrent aussi un havre de sérénité au milieu de cette hystérie de constructions. L’église du Saint Sauveur, au cœur de la vieille ville et à deux pas des mosquées, possède un iconostase en noyer qui est une véritable dentelle.

Visiblement la Macédoine se cherche un passé historique que ses caractères de carrefour économique entre l’Europe et l’Asie et de mosaïque ethnique, culturelle, religieuse, linguistique ne lui a permis de forger au fil du temps. Pour cela elle n’hésite pas à s’accaparer des personnages célèbres qui ne lui appartiennent pas, comme Alexandre le Grand, et à semer des statues un peu partout pour tenter de convaincre que son passé est plein de grands hommes. La prolifération des styles architecturaux a son doute aussi pour objectif de faire la démonstration d’une saga nationale mais celle-ci peine à convaincre.

Ainsi la commémoration du référendum d’indépendance aux début des années 90 a conduit à la construction de cet arc de triomphe, la Porte de Macédoine.

Cette volonté désordonnée conduit parfois à un résultat qui va à l’encontre du but recherché. Ainsi cette statue proche de la Porte de Macédoine qui se détache sur fond d’immeuble éternellement en construction.

Sur la place de Macédoine, près de l’endroit où se trouvait la maison où elle a vécu, détruite par le séisme, un visage connu et souriant appelle à un peu de modestie.

Autant on a aimé la vie paisible de Bitola, le farniente naturel et artistique d’Ohrid, autant l’idée de vivre à Skopje est loin de nous inspirer. L’ambiance n’y est pas franchement agréable. Mais pour une brève visite l’effet de curiosité est à son comble.

Et puis on a une chouette chambre d’hôtel où il est agréable, entre deux visites, de se réconforter autour d’un bon café.

 

 

 

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